Ils sont un fil discret de cette semaine : mardi à Ayron, ils créaient l'ambiance électrique d'Embarquement perpétuel de Fanny Libert ; mercredi, ils faisaient tenir La Mer de Debussy tout entière dans un trio, au pied des Fours à Chaux de Vouillé. Samedi soir au Pressoir du Château de Chiré, le Trio Erämaa donne son grand rendez-vous : L'Histoire du Soldat de Stravinsky, compagne de route de l'ensemble depuis dix ans, avec Anouk Danel et Arnaud Frémont en récitants. Première venue au festival, et déjà trois visages différents — rencontre.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de venir au festival ?
« En tant qu'ensemble de musique de chambre, nous sommes toujours heureux de participer à de nouveaux festivals et d'y proposer notre répertoire, essentiellement axé sur les musiques des XXe et XXIe siècles. Le répertoire d'origine pour trio n'est pas très étendu : des occasions comme celle-ci sont très motivantes pour nous — d'autant que Guy Danel nous a invités sans préjugé sur les répertoires, avec la possibilité de présenter différentes facettes du trio. Et puis il y a la rencontre des autres interprètes présents : de nouvelles rencontres musicales et humaines. »
Une œuvre que vous jouez cet été et qui vous tient particulièrement à cœur ?
« Comme nous sommes en trio, nous en citerons trois ! Embarquement perpétuel, que Fanny Libert a écrite pour nous à l'occasion du festival Loop en 2024 : une pièce qui mêle différentes caractéristiques du trio, avec un clavier numérique qui ajoute une couleur supplémentaire. La Mer de Debussy, dans l'arrangement de Yorick De Bruycker : une œuvre écrite pour grand orchestre, dont cette version en trio retrouve en grande partie les couleurs orchestrales — avec un côté plus intime. Et L'Histoire du Soldat, bien sûr : une pièce que nous jouons depuis maintenant dix ans. »
Samedi, vous la donnez avec deux récitants. Qu'est-ce que cela change pour les musiciens ?
« À l'origine, la version pour trio est une suite en cinq mouvements que Stravinsky a tirée de la partition originale. Nous avons choisi une version complète, remaniée et arrangée pour trio par André Ristic. Jouer avec des récitants change la manière de travailler : quand texte et musique sonnent ensemble, il faut trouver le bon équilibre, parfois dans une orchestration assez dense. Certaines parties sont rythmées pour les récitants : ils doivent se fondre dans la métrique de Stravinsky, qui n'est pas toujours écrite de façon très naturelle — cela demande une vraie flexibilité. Cet échange entre musique et texte offre une nouvelle dynamique, plus de dialogue que dans la version originale : une sorte de grande pièce de musique de chambre à cinq. »